
JE NE SAIS PAS ENCORE
Elle avance de case en case mais ne marche jamais sur la bonne. Elle se sent inconsidérée, ni morte ni vivante ne trouvant sa place nulle part. Lui c’est l’espoir de trouver son chemin, de sortir de son échec. L’homme ce sont toutes les figures masculines qu’elle a croisé, toutes les traces physiques et psychologiques qu’ils lui ont laissées. La robe de mariée c’est le rêve d’une jeune fille désenchantée qui voudrait remonter le temps pour redevenir vierge, blanche, propre, Immaculée. La solitude l’égare, Elle ne sait plus différencier ses souvenirs de ses phantasmes. Elle aimerait être un Cavalier sans tête pour ne plus avoir aucunes pensées, un Fou ayant perdu toute conscience de son âme, une Reine devenu Roi, un Pion ne regrettant aucun sacrifice ou encore une Tour impénétrable observant le monde de toute sa hauteur. Mais rien ne change jamais.
Pourquoi ? Je ne sais pas encore…

Photographie LOLA ERTEL - KIBELE - 2012

Photographie LOLA ERTEL - KIBELE - 2012

Photographie LOLA ERTEL - KIBELE - 2012

Photographie LOLA ERTEL - KIBELE - 2012

Photographie LOLA ERTEL - KIBELE - 2012






Photographie LOLA ERTEL - KIBELE - 2012




Elle : Non merci. Mourir d’un cancer c’est devenu d’un commun !
Lui : C’est vrai que l’agonie de ma tante ne fut pas très palpitante. Quelques radiations, une perte pilositaire, une intubation et de la morphine. Rien de jouissif.
Ce n’est pas comme pour mon grand père ! Alors lui quel grand homme ! J’ai toujours voulu suivre son exemple : un diabète non traité, une amputation, une crise cardiaque, un triple pontage coronarien, un AVC, paralysie faciale, des crises d’épilepsies, et une sortie de toute beauté via une rupture d’anévrisme la tête la première dans la bûche ! J’ai même gardé le petite père noël en souvenir…
Elle : A côté de ça il est vrai que le suicide de mon aîné par pendaison le jour de mon anniversaire manque cruellement de créativité. Moi aussi j’ai gardé la corde, ça porte chance à ce qu’on m’a dit.
Lui : Il était suicidaire ?
Elle : Non ingénieur.
Lui : Vous me rassurez. Je n’aime pas les morts. Ce sont des gens froids, durs ; ils ne font preuve d’aucune chaleur humaine. Ils ont cette sorte de couleur violacée que l’on ne retrouve que chez les morts.
Elle : Ah je vous arrête ! Les cadavres et les femmes battues ont la même !
Lui : Mais vous avez grandement raison. Ma mère portait souvent cette couleur
mais jamais en publique.
Elle : Votre mère est une femme douée d’une grande politesse.
Lui : C’est vrai qu’elle était toujours serviable…
Lui : À propos de survie, comment se passe la vôtre ?
Elle : Je vais
je vais et je viens
et je me retiens
j’aimerais partir d’ici ou d’ailleurs
marcher, courir
courir jusqu’à en crever
et me réveiller nulle part
et lÃ
écouter le silence brutale de l’être
de mes sens naîtrait une émotion
je serais touchée par la beauté du tout presque rien
mais il n’y a pas de nulle part, nous sommes toujours quelque part
nous sommes
toujours…